Un survol du MRCC3
Le MRCC3 constitue la troisième étape des réformes réglementaires visant à améliorer la transparence des frais pour les investisseurs et investisseuses au Canada. Cette phase introduit la notion d’Information sur le coût total (ICT), qui oblige à présenter le coût total de la détention des fonds d’investissement sous la forme d’un montant unique, en dollars, facile à comprendre.
Dates clés
1er janvier 2026 : entrée en vigueur officielle de la déclaration du coût total du MRCC3.
Début 2027 : envoi des rapports annuels sur les frais et la rémunération indiquant pour la première fois le coût total des fonds d’investissement, fonds négociés en bourse, fonds distincts et autres placements avec frais intégrés détenus en 2026.
Les rapports annuels présenteront l’ICT de façon standardisée dans toute l’industrie, facilitant la comparaison d’une année à l’autre ainsi qu’entre produits. Autrement dit, ils n’ajouteront pas de nouveaux frais, mais amélioreront la transparence en reflétant tous les frais, y compris :
- les coûts propres à chaque fonds
- les commissions de suivi
- les frais intégrés à la structure du produit
L’objectif de cette évolution réglementaire
Les phases antérieures, qu’on appelle MRCC1 et MRCC2, ont jeté les bases réglementaires pour rehausser l’imputabilité et la confiance dans la relation conseiller-client. Cela incluait l’ajout de renseignements prescrits sur les frais et les rendements ainsi que les rôles et responsabilités des clients et conseillers, de même sur leurs conflits d’intérêts.
Le MRCC3 va au-delà des réformes précédentes. L’objectif est de fournir aux investisseurs et investisseuses une compréhension plus précise des frais totaux associés à leurs placements. Offrir une plus grande transparence des coûts liés au rendement net du portefeuille devrait favoriser des discussions précises et éclairées et aider la clientèle à comprendre les détails des frais. Cette démarche vise à améliorer la compréhension ainsi que la confiance des investisseurs et investisseuses envers leurs spécialistes en gestion de patrimoine et leurs décisions d’investissement.
La réglementation est souvent perçue comme une contrainte, mais je la vois plutôt comme un catalyseur. Les rapports standardisés sur les coûts ne répondent pas seulement aux attentes réglementaires, ils créent une compréhension commune et cohérente entre investisseurs, spécialistes en gestion de patrimoine et gestionnaires de fonds. De plus, ils améliorent la qualité des conseils financiers grâce à une plus grande transparence et imputabilité.
– Marie Brault, vice-présidente, Services juridiques, chez BNI et secrétaire corporative de la Banque Nationale du Canada
Ces nouvelles précisions visent à fournir aux investisseurs et investisseuses des informations supplémentaires pour la prise de décision et permettent aux forces conseil de communiquer les coûts plus précisément.
La transparence comme levier de confiance
Une transparence complète aide à dissiper certaines idées reçues, comme celle selon laquelle les spécialistes en gestion de patrimoine agiraient selon leurs propres intérêts, ou éviteraient d’aborder la question des frais ouvertement. Au contraire, la transparence invite les échanges ouverts, permettant de souligner que la rémunération et les coûts d’investissement sont liés à des avantages concrets.
Une meilleure compréhension des frais permet de :
- clarifier la relation entre les conseillères et conseillers en gestion de patrimoine et leur clientèle, fondée sur l'alignement des intérêts et les résultats d'investissement à long terme;
- mettre l’accent sur les résultats et les avantages mesurables que la clientèle obtient de la construction de portefeuille disciplinée, de la gestion de portefeuille et de la diligence raisonnable;
- valoriser le rôle du conseil, axé sur un service personnalisé.
La transparence inspire la confiance, qui est un facteur clé pour encourager l’investissement et l’adoption de bonnes habitudes financières.
Le MRCC3 présente une opportunité essentielle : mettre en lumière la valeur du conseil. Des sondages, comme celui de l’Association des marchés de valeurs et des investissements (AMVI)1, indiquent que les investisseurs et investisseuses reconnaissent atteindre de meilleurs rendements avec un conseiller ou une conseillère en gestion de patrimoine. L’expertise, la discipline et l’objectivité apportées par ces spécialistes constituent des atouts indéniables.
– Marie Brault
Transformer MRCC3 en occasion de sensibiliser la clientèle
La plupart des conseillères et conseillers en gestion de patrimoine ne devraient pas voir de grands changements. Ces spécialistes travaillent déjà dans l’intérêt de leurs clients, en prenant en considération l’ensemble des frais et les attentes de rendement.
Le MRCC3 introduit cependant une nouveauté: clarifier certains frais déjà existants qui, jusqu’à présent, n’étaient pas nécessairement clairs ou connus de la clientèle. Cela peut nécessiter une réévaluation de l’approche explicative utilisée auprès de celle-ci.
Des suggestions proactives
La réaction au MRCC3 peut varier grandement selon la préparation des spécialistes en gestion de patrimoine. La réception d’un nouveau relevé reflétant l’ICT, sans explications préalables, peut susciter des questions et des préoccupations chez des investisseurs et investisseuses.
Pour prévenir pareil scénario, on peut envisager de :
- préparer et partager un exemple de rapport annuel conforme à MRCC3 avant l’envoi du premier rapport personnalisé à la clientèle;
- rencontrer la clientèle et lui présenter les nouvelles informations;
- fournir une FAQ pour répondre aux questions potentielles.
Un accompagnement en amont contribuera à préserver la relation de confiance, essentielle au succès tant des spécialistes en gestion de patrimoine que des investisseurs et investisseuses.
– Marie Brault
Le MRCC3 pourrait-il favoriser l’investissement passif?
La transparence des frais ne devrait pas nécessairement favoriser les produits d’investissement passifs par rapport aux solutions actives gérées par des professionnels, note Marie Brault. Elle ne change pas les objectifs des investisseurs et investisseuses. Un client ou une cliente qui cherche à surpasser le rendement d’un indice n’atteindra pas son objectif avec une solution passive. De plus, l’essor de l’investissement passif précède l’arrivée du MRCC3 et ne peut être attribué uniquement à une divulgation accrue des frais.
Le principal défi d’un portefeuille diversifié consiste à trouver la bonne combinaison entre une composante passive à faible coût qui reproduit le marché et une composante active qui vise à générer une performance supérieure. Les spécialistes en gestion de patrimoine jouent un rôle essentiel pour expliquer l’objectif et la valeur ajoutée de la gestion active, en particulier lorsque des frais plus élevés se justifient par l’expertise, la gestion du risque et le potentiel de rendement.
En fait, malgré la popularité croissante de l'investissement passif, les arguments en faveur de la gestion active sont peut-être plus solides que jamais dans le contexte actuel. Les marchés sont devenus de plus en plus concentrés, augmentant les risques d'exposition aux titres surévalués dans une stratégie indicielle. Les gestionnaires actifs chevronnés peuvent positionner sélectivement les portefeuilles, gérer le risque de concentration et éviter les secteurs où les valorisations sont excessives. Plutôt que de décourager les stratégies actives, MRCC3 offre aux forces conseil l'occasion de démontrer clairement comment la gestion active s'intègre aux objectifs d'investissement et au profil de risque globaux de la clientèle.
Une avancée qui renforce la valeur du conseil
Cette nouvelle phase devrait encourager les fournisseurs de produits d’investissement, comme BNI, à continuer d’innover et d’élargir leur gamme de solutions de placement avec des structures de frais variées. Cela permet de combiner des produits passifs à moindre coût avec des solutions actives à frais plus élevés, offrant une expertise ou une complexité approfondie.
En somme, aucune solution universelle ne convient à l’ensemble des profils et des besoins des investisseurs et investisseuses. Une approche centrée sur la clientèle nécessite une offre diversifiée, permettant aux conseillers et conseillères en gestion de patrimoine d'offrir des solutions d'investissement basées sur les objectifs, la tolérance au risque et l’horizon temporel de celle-ci. Une réglementation qui favorise la clarté aide à s'assurer que ces choix sont faits délibérément.
En conclusion, la phase 3 du MRCC s’inscrit dans une dynamique d’industrie positive. Plus qu’un simple jalon réglementaire, elle représente une occasion stratégique d’enrichir la relation de conseil et les échanges. Avec une transparence accrue et une compréhension plus fine des frais, les spécialistes en gestion de patrimoine et leur clientèle peuvent renforcer leur relation de confiance et prendre des décisions plus éclairées dans un secteur financier en perpétuelle évolution.
En savoir plus
Les questions les plus fréquemment posées sur MRCC3
5 leçons tirées de MRCC2 concernant les frais avec les clients
La valeur de la gestion active dans les marchés d’aujourd’hui
Source
1. Sondage auprès des investisseurs canadiens (p. 39), Association des marchés de valeurs et des investissements (AMVI) et Pollara Strategic Insights, Octobre 2025.