Portrait d’une cédante : Evelyn Trempe de L’Amour du pain
Dix ans après avoir fait l’acquisition de la boulangerie L’Amour du pain, Evelyn Trempe était heureuse de passer le flambeau à Jordan Di Corpo. Elle a accompagné le jeune entrepreneur dans le processus de transition, une expérience qui s’est avérée beaucoup plus enrichissante qu’elle ne l’aurait cru.
En 2014, après avoir œuvré pendant 25 ans dans l’industrie du vêtement sport en tant que cofondatrice des marques Orage, Lolë et Paradox, Evelyn Trempe faisait l’acquisition de la boulangerie L’Amour du pain, à Boucherville. « J’aimais beaucoup l’idée de faire plaisir aux gens avec du bon pain », confie celle qui, en dix ans, a ouvert trois autres succursales et une fabrique de 7000 pieds carrés, en plus de développer 75 points de vente. À l’époque, elle n’avait pas réalisé à quel point le domaine de la boulangerie pouvait être prenant. Elle était mûre pour un changement lorsque Jordan Di Corpo, un vingtenaire issu du monde de la finance, l’a approché pour lui demander si elle était prête à vendre son entreprise.
« Par respect pour les gens qui ont bâti la boulangerie et mes équipes qui ont L’Amour du pain tatoué sur le cœur, je ne voulais pas vendre à n’importe qui », soutient la femme d’affaires. Même s’il n’avait jamais été entrepreneur et qu’il n’avait pas d’expérience en boulangerie, Jordan Di Corpo lui a fait bonne impression. « Il avait travaillé en fusion et acquisition, et voulait restructurer l’entreprise pour l’amener ailleurs. Je voyais qu’il avait des valeurs humaines et qu’il pouvait faire attention aux équipes. Je trouvais qu’il avait un bel équilibre entre la tête et le cœur. »
Faire équipe avec sa relève
Evelyn Trempe s’est sentie en confiance en voyant que Jordan Di Corpo était suffisamment sérieux pour obtenir du financement de la Banque Nationale. « L’une des conditions était que je l’accompagne pendant au moins un an pour lui montrer les rouages de l’entreprise », explique-t-elle. L’institution financière avait aussi pour exigence que la cédante demeure actionnaire : Evelyn Trempe a donc conservé 15 % des parts, tout comme Annie Lemieux, sa partenaire d’affaires, qui en détient toujours 5 %. « La Banque sait qu’en gardant une main dans l’engrenage, je vais m’assurer que mon investissement ne tombe pas à zéro », fait-elle valoir.
Au cours de cette transition, Evelyn a initié Jordan au métier d’entrepreneur et aux particularités de la boulangerie artisanale. Elle lui a appris à faire des promotions et des campagnes publicitaires, à se préparer pour la période des Fêtes, en plus de lui faire part de ses bons coups et de ses tentatives infructueuses. Rapidement, elle a été gagnée par l’enthousiasme de son repreneur. « Je suis redevenue hyper motivée : ensemble, on a réussi à trouver de nouveaux clients et, en moins de huit mois, on faisait l’acquisition de deux nouvelles succursales! »
Rassurer le personnel
Evelyn Trempe avait conscience que ces grands changements pouvaient insécuriser ses équipes. « J’ai fait beaucoup de travail en coulisses pour les rassurer. Je savais que quelques personnes-clés avaient la capacité d’influencer les autres. Je leur ai parlé de l’expertise de Jordan, de ses valeurs et de son désir de faire grandir l’entreprise », explique la cédante. Dix ans plus tôt, elle-même avait vécu une expérience similaire en rachetant la boulangerie artisanale d’un groupe d’investissement. « La culture d’entreprise était alors très masculine et hiérarchique. J’ai dû apprendre vite et travailler fort pour qu’on me fasse confiance. Jordan, lui, a eu la chance de pouvoir compter sur mon aide! »
Jouer le rôle de mentore
Après avoir été entrepreneure pendant plusieurs décennies, Evelyn Trempe a maintenant du temps pour voyager. « J’arrive du Chili. J’ai fait un trek en Patagonie avant d’aller dans le désert », lance celle qui a cofondé sa première entreprise alors qu’elle était étudiante. Ses anciennes amours, pour le pain et l’entrepreneuriat, sont toujours présentes dans sa vie. Elle a d’ailleurs pris goût à son rôle de mentore. « Jordan et moi, on se parle toutes les semaines. S’il a des questions ou s’il repère un nouveau local pour une boulangerie, il m’appelle. » Sa plus grande fierté? « Avoir cédé L’Amour du pain à un jeune, répond-elle sans hésiter. Il y a quelque chose de beau à voir la nouvelle génération faire grandir nos entreprises. »
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