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L’acquisition d’entreprise expliquée en 3 étapes

19 mai 2015 par Banque Nationale
acquisition d'entreprise

D’ici 2024, entre 5 700 et 10 000 entreprises pourraient disparaître suite au départ à la retraite de leur propriétaire. Heureusement, l’acquisition d’entreprises séduit de plus en plus de jeunes. Pour ces derniers, le financement d’un tel projet reste toutefois un défi majeur. Voici quelques trucs.

Contenu

Deux voies s’offrent à ceux qui veulent devenir entrepreneurs : créer une entreprise ou en acheter une existante. Aujourd’hui, plus de 65 % des jeunes entrepreneurs et professionnels souhaiteraient reprendre une entreprise, selon une étude sur le repreneuriat publiée en 2017 par le Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec (RJCCQ).

Bonne nouvelle, au Québec, le vieillissement de la population entraîne le départ à la retraite de nombreux entrepreneurs. Dès 2018, ces départs devraient se chiffrer à environ 25 000 dans la province.

Pas étonnant que les jeunes s’intéressent à l’acquisition d’entreprise. L’entrepreneur évite ainsi la phase de démarrage, avec ses aléas et ses coûts, et le développement de produit. Lors d’une reprise, la société compte déjà des clients, des fournisseurs, des processus et des revenus sur lesquels le repreneur peut s’appuyer pour se donner une nouvelle impulsion.

Le chemin vers le succès exige de bien préparer la reprise. Le principal défi : le financement. Acheter une société et financer les mesures qui permettront de la faire croître représentent des coûts importants. Et ces coûts préoccupent grandement les repreneurs potentiels : 69 % des jeunes entrepreneurs interrogés par le RJCCQ affirment que l’accès aux ressources financières est une barrière à l’acquisition d’entreprise.

Voici les principales étapes à suivre pour surmonter ce défi et élaborer une stratégie d’acquisition solide.

1 Déterminer le juste prix

La valeur d’une entreprise n’est pas facile à estimer. Tout particulièrement dans les domaines où les biens tangibles sont peu nombreux (immeuble en propriété, équipement, inventaire, etc.).

Afin d’y arriver, une méthode simple et efficace consiste à analyser le bénéfice avant intérêts, impôts et amortissement (BAIIA). Un historique de trois ans permet de faire une moyenne. La moyenne ainsi obtenue détermine ce que l’entreprise tire de son exploitation courante avant l’effet de la structure financière et fiscale en place. Elle permet de savoir ce que l’entreprise pourra générer comme flux de trésorerie.

Dans le contexte actuel, une transaction qui équivaut à quatre ou cinq fois le BAIIA moyen peut être considérée comme acceptable. Si le prix demandé est au-delà de cinq fois le BAIIA moyen, il est probablement trop élevé. S’il est en deçà de quatre fois le BAIIA, prenez le temps d’analyser adéquatement la situation, car l’entreprise pourrait cacher quelque chose. Bien évidemment, un secteur en croissance peut justifier un prix supérieur à cinq fois le BAIIA, alors qu’un secteur saturé ou en décroissance se transigera à valeur moindre.

Dans tous les cas, il faut garder en tête que chaque transaction est unique et que le prix variera selon le potentiel de croissance, la récurrence des revenus ainsi que la marge bénéficiaire.

2 S’assurer que la transaction est équilibrée

Une transaction est équilibrée quand elle permet un partage du risque entre plusieurs intervenants. Premièrement, il vous faudra une mise de fonds pour couvrir une partie du projet. Elle sera vue comme un engagement de votre part. Vos actionnaires et vous devrez aussi prouver votre capacité à réinjecter des fonds dans l’entreprise si les résultats réels diffèrent de ce que vous aviez prévu au départ.

Ensuite, le vendeur peut vous accorder un crédit vendeur, qui consiste à reporter le paiement d’une partie du montant du prix de vente selon des modalités de remboursement. Ce crédit fait normalement l’objet d’un contrat dans lequel le vendeur s’engage aussi à rester employé dans l’entreprise pour une période donnée, favorisant ainsi une meilleure transition avec les employés et la clientèle. Le vendeur a tout intérêt à collaborer pour permettre une bonne passation des pouvoirs et espérer toucher le maximum du solde de prix de vente.

3 Demander un prêt

Une fois la valeur de l’entreprise déterminée, le prix de vente et les modalités de paiement fixés, c’est le moment de solliciter une institution financière pour obtenir un prêt, généralement pour une durée de 4 à 10 ans.

Pour convaincre une institution financière, il faut d’abord présenter un plan financier viable. Les principaux calculs qu’effectuent les institutions lorsqu’il s’agit de financer une acquisition basée sur les flux de trésorerie générés sont les suivants :

  • Ratio de la dette portant intérêt par rapport au BAIIA
  • Il s’agit d’un ratio de performance qui permet de déterminer le nombre d’années qu’il faudra à l’entreprise pour rembourser en totalité sa dette portant intérêt. Le ratio idéal de la dette portant intérêt par rapport au BAIIA ne dépasse pas trois pour un.

    Dette portant intérêt

    BAIIA

    • Ratio de couverture des charges fixes
    • Cet autre ratio de performance démontre la capacité de l’entreprise à payer ses frais et honorer ses engagements et obligations fixes. Le ratio devrait se situer à 1,25 pour 1. En deçà d’un pour un, l’entreprise n’est plus en mesure de remplir ses obligations financières et d’affaires.

      BAIIA - ( actifs non financés + impôts payés + dividendes versés)

      Dette annuelle (capital + intérêts)

       

      Au-delà des chiffres, il ne faut pas négliger certains aspects non financiers. L’expérience et l’expertise sont des facteurs majeurs. Vous devez posséder des qualités d’entrepreneur et des qualifications techniques reliées au domaine d’affaires de l’entreprise achetée. Les institutions financières accordent beaucoup d’importance aux compétences en gestion. Elles analysent aussi le marché et l’industrie.

      Pour montrer votre sérieux et votre préparation, présentez-vous devant votre conseiller avec :

      • un CV décrivant vos compétences et votre expérience;
      • votre bilan personnel avec tous vos actifs et passifs;
      • un plan d’affaires détaillé incluant des prévisions financières pour les cinq prochaines années, avec des hypothèses claires;
      • les états financiers des trois dernières années de la cible;
      • votre offre d’achat, qui est normalement conditionnelle à l’obtention du financement requis.
      • Beaucoup de sociétés seront mises en vente dans les prochaines années au Québec et l’acquisition d’entreprise présente de nombreux avantages. L’étape du financement reste un défi important. Elle peut être facilitée grâce à une bonne préparation et un dossier structuré. Parlez-en à votre conseiller pour qu’il puisse vous guider dans vos démarches.

        Un exemple concret : Sophie, médecin et candidate à la reprise d’une clinique

        Sophie, diplômée en médecine familiale, désire présenter une offre d’achat pour la clinique privée de sa tante Andrée.

        Première étape : elle calcule le BAIIA moyen des trois dernières années. Il s’élève à 500 000 $. Sa tante désire vendre la clinique au prix de 2 000 000 $. Le prix est donc l’équivalent de quatre fois le BAIIA, ce qui est tout à fait acceptable dans le contexte d’une clientèle stable et fidèle.

        Satisfaite, Sophie peut penser au financement de son achat. Sa mise de fonds s’élève à 200 000 $. Sa tante a accepté de lui accorder un crédit vendeur. L’accord prévoit qu’une première somme de 1 500 000 $ sera versée au moment du transfert d’entreprise, puis Sophie paiera le solde, soit 500 000 $, à raison de 12 versements de 41 666,66 $ sur 24 mois. Sa tante accepte de rester active dans l’entreprise pendant un an. L’institution financière de Sophie lui octroie un prêt de 1 300 000 $ sur 4 ans afin de conclure la transaction.

        Après 12 mois d’activité, Sophie aura déjà remboursé 325 000 $ de sa dette bancaire. Son solde sera donc de 975 000 $. Le crédit vendeur n’est pas considéré comme une dette parce qu’il n’a pas à être remboursé dans la prochaine année. Avec un BAIIA de 500 000 $, son ratio est de 1,95, donc en deçà du maximum.

        Au cours de sa deuxième année d’activité, Sophie devra rembourser le capital à hauteur de 325 000 $ et les intérêts bancaires estimés à 75 000 $. Grâce aux liquidités que génère la clinique, elle prévoit de se verser un dividende de 20 000 $ et faire l’acquisition de mobilier pour la salle d’attente pour un coût de 20 000 $. Le dividende et le mobilier devront être soustraits de son BAIIA (500 000 $ - 20 000 $ - 20 000 $). Il lui resterait alors 460 000 $/400 000 $ = 1,15, ce qui n’est pas suffisant. Elle devra donc diminuer son dividende ou faire financer l’achat du mobilier.

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