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Le patrimoine familial, ça se discute!

21 novembre 2016 par Banque Nationale

Hériter une petite fortune d’un vieil oncle dont vous n’avez plus de nouvelles depuis 15 ans ? C’est plutôt rare. Par contre, les familles où on fait tout pour éviter de parler d’argent et d’héritage sont encore très fréquentes. Et, c’est souvent la meilleure façon de créer des conflits familiaux. Entrevue avec Sophie Ducharme, vice-présidente associée chez Banque Nationale Gestion privée 1859.

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Des frères fortunés qui se battent pour obtenir le service de vaisselle de Noël de leur mère, à la famille qui s’attend d’hériter un bon montant et qui se retrouve plutôt avec une tonne de dettes, en passant par l’enfant déshérité sans explications: Sophie Ducharme en a vu de toutes les couleurs. Voici les conseils de la notaire et planificatrice financière pour briser le tabou de l’argent.

Pourquoi est-ce si important d’éviter les secrets de famille?

On peut prévenir bien des conflits en se parlant. Même si on est un jeune couple, on ne veut pas apprendre lorsqu’on est rendu à s’acheter une maison pour faire vie commune que son conjoint est super endetté, qu’il a un crédit épouvantable et qu’il ne peut pas emprunter. On se sentirait floué! Il faut aussi faire attention aux couples où l’un des deux s’occupe seul des finances. L’autre peut avoir de mauvaises surprises plus tard en regardant le budget du couple. Et plus on commence tôt, mieux c’est. Parce que quand on ajoute au tabou de l’argent celui de la peur de mourir lorsqu’il faut parler de succession, c’est encore pire. Bien des familles ne parlent jamais de ça, mais les surprises, ce n’est pas une bonne idée.

De quoi faudrait-il discuter au juste?

De tout, autant des montants que de la façon dont ils seront partagés. Plusieurs se disent que les enfants s’arrangeront avec le testament après le décès, mais ce n’est pas toujours facile. Surtout lorsqu’ils ne comprennent pas les choix qui ont été faits. Prendre le temps de se parler aide à préserver le noyau familial.

Les cas de famille recomposée sont particulièrement délicats pour le partage des biens entre le nouveau conjoint et les enfants. Quels sont les pires scénarios?

Le pire scénario serait de tout léguer au nouveau conjoint et ne rien laisser à ses enfants, mais c’est rare! Ce qu’on voit souvent, c’est un homme fortuné qui refait sa vie avec une conjointe qui a peu de différence d’âge avec ses enfants. S’il crée une fiducie et remet les revenus à sa conjointe et le capital à ses enfants au décès de la conjointe, ça prendra probablement de nombreuses années avant que les enfants puissent avoir leur argent. Puis, souvent, la conjointe a la possibilité d’empiéter sur le capital pour maintenir son train de vie, ce qui peut être très subjectif. On veut éviter les clauses qui portent à interprétation. Et, il y a plusieurs solutions possibles selon sa situation, comme léguer une partie de ses biens à ses enfants de son vivant, ou séparer ses actifs entre sa conjointe et ses enfants.

Avez-vous un exemple de famille qui réussit à parler de ces sujets difficiles?

Oui, un entrepreneur et ses trois filles. Il a toujours discuté ouvertement de ses finances avec elles. Lorsqu’il a voulu vendre son entreprise, il leur a demandé si elles voulaient la racheter. Ce n’était pas le cas. Il leur a fait des dons déjà, puis il a fait son testament et elles savent exactement ce qui se passera au décès. Cela diminue énormément les risques de conflit. Cette famille est encore un cas d’exception.

Quel est le bon moment pour avoir ce genre de discussion?

On évite Noël et les fêtes de famille, idéalement. C’est le temps de célébrer, pas de parler d’argent. On se prévoit plutôt un moment pour le faire, comme un petit souper. Souvent, les familles vont opter pour faire ça sans les conjoints. On peut faire cette rencontre aussi avec son notaire.

Quel est le rôle du notaire?

Il peut aider son client à aborder des questions délicates avec sa famille. Il devient souvent un confident. Il connait sa vie de A à Z, ses dettes comme ses actifs et ses secrets… comme s’il a un enfant illégitime! Le notaire est d’ailleurs tenu au secret professionnel. Puis, c’est particulièrement important de confier au notaire la rédaction du document pour éviter les passages flous. Parce que si on se met à contester un testament, on peut s’obstiner longtemps et ça peut couter très cher. C’est toujours mieux de discuter quand tout va bien pour prévenir les conflits. C’est le plus beau cadeau qu’on peut faire à sa famille.

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