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Le mariage, encore une bonne affaire?

13 septembre 2016 par Banque Nationale
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Se marier? Oui, je le veux … ou pas! Chose certaine, c’est une grande décision à prendre, avec des conséquences importantes. Notamment, financièrement. Avez-vous réalisé à quel point?

Contenu

«Comment choisir le bon mari?» Une question que se posaient les jeunes femmes il y a des décennies, pensez-vous? En réalité, l’enjeu est toujours d’actualité, même sur les campus des prestigieuses universités québécoises. C’est ce qu’a constaté Laura qui a quitté son petit patelin pour étudier le marketing dans une université anglophone de la métropole. «Toutes les filles parlent de ça!», dit-elle.

Elizabeth Abbott, auteure du livre Une histoire du mariage, n’est pas tellement étonnée. «Lorsque j’étais doyenne des étudiantes au Trinity College de l’Université de Toronto, je voyais toujours des magazines de mariage dans les bacs de recyclage des résidences. Au début, je me demandais qui lisait ces magazines. Mais, ce sont vraiment les étudiantes!»

Les gens se marient moins au Québec qu’ailleurs au Canada, mais tout de même environ 35% des Québécois sont mariés. Entre 20 000 et 25 000 mariages se célèbrent chaque année dans la province depuis le début des années 1990. C’était le double au début des années 1970.

Moins d’urgence

Le mariage n’est plus, comme il y a 50 ans, un passage pratiquement obligé pour fonder une famille. Mais, il continue d’en faire rêver plusieurs.

«Maintenant, les femmes étudient, elles ont de l’ambition et heureusement, parce que le monde du travail est rendu très précaire, affirme Elizabeth Abbott, Montréalaise d’origine. Les jeunes doivent compter sur eux-mêmes, beaucoup plus que les générations précédentes.»

Mais, ils ont envie de partager leur vie avec quelqu’un.

«C’est humain, ajoute Elizabeth Abbott. Toutefois, il y a beaucoup moins d’urgence à se marier comme c’était le cas auparavant. Surtout au Québec, probablement en raison de la révolte qu’il y a eu contre l’Église catholique. On voit encore des parents mettre de la pression sur leurs enfants pour qu’ils se marient, particulièrement dans certaines communautés culturelles. Mais, les gens cherchent maintenant quelqu’un avec qui ils sont vraiment compatibles. C’est nouveau dans l’histoire.»

Par exemple, Laurence, 30 ans, a toujours rêvé au mariage, mais elle acceptait que son conjoint ne partage pas sa volonté. Il lui a finalement fait la grande demande après 10 ans de vie commune et deux enfants!

«Il voulait célébrer la durabilité de notre amour devant nos proches et simplifier les choses pour les finances et les testaments», explique-t-elle.

Le partage… le vrai!

Après le mariage, toutes les décisions de la famille de Laurence se sont prises de façon plus globale. Comme lorsqu’elle a décidé de quitter son emploi pour se lancer à son compte avec tout ce que cela suppose comme incertitude et périodes sans entrées d’argent.

«Mon mari m’a appuyée, dit-elle. Ensuite, on a décidé de ne pas payer de service de garde lorsque notre plus vieux est entré à l’école. J’allais le chercher à 15h et pour compenser, je travaillais un peu en soirée. Puis, j’ai commencé une maitrise. Mon mari subvient davantage aux besoins de la famille pour le moment, mais nous savons que ma situation financière sera meilleure par la suite.»

Se marier, c’est accepter de vraiment partager sa vie avec l’autre. D’ailleurs, s’il advient un divorce, il faut savoir que le patrimoine familial (maison, chalet, meubles, voiture, REER accumulé pendant le mariage, etc.) est divisé entre les deux ex-conjoints.

«Cela permet d’assurer une protection à celui qui est le plus défavorisé, affirme Gérard Guay, président de la Chambre des notaires du Québec. La grande différence entre le mariage et l’union de fait, c’est que le mariage crée des droits et obligations envers l’autre, comme le secours et l’assistance.»

Et cela ne se limite pas à la durée du mariage : des prestations peuvent être versées à l’ex-conjoint désavantagé financièrement à la suite du divorce.

Marie-Claude d’ailleurs s’est toujours dit que si son conjoint de longue date la demandait en mariage, elle refuserait. «Nous n’avons pas du tout la même relation avec l’argent et c’est déjà très compliqué financièrement de faire vie commune, raconte-t-elle. Il vit au jour le jour, ne met aucun argent de côté, peut s’endetter sans trop y penser. Je ne voudrais pas avoir à tout partager avec lui, les revenus comme les dettes.»

Les questions à poser

Y penser à deux fois avant de se passer la bague au doigt : c’est capital! Avoir une bonne discussion avec son conjoint sur les questions financières l’est tout autant. Il faut discuter de sa personnalité d’un point de vue financier, de ses priorités et de l’organisation pratico-pratique des finances du couple. Mais aussi, poser des questions plus délicates.

L’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) conseille d’abord aux deux amoureux de faire une liste de leurs actifs et de leurs passifs, comme les biens importants, les placements, les prêts étudiants, les cartes de crédit, les hypothèques, etc. Parce que si vous ne connaissez pas le portrait global de votre situation comme couple, il est impossible de prendre des décisions éclairées.

Un projet de mariage vous permettra d’ailleurs de voir rapidement la personnalité financière de votre conjoint. Parce qu’une autre tendance apparue dans les dernières décennies au Québec est le grand mariage dispendieux. Votre conjoint tiendra-t-il à dépenser des dizaines de milliers de dollars pour une cérémonie grandiose, même s’il doit s’endetter pour y arriver?

«C’est rendu complètement fou ce souci de performance!, s’exclame Elizabeth Abbott. Traditionnellement, les mariages n’étaient pas élaborés. Heureusement, certaines personnes reviennent maintenant à des cérémonies plus simples. Parce que si financièrement, c’est généralement intéressant de se marier parce qu’on a deux salaires pour subvenir aux besoins du couple, je ne crois pas que ce soit une bonne idée de s’endetter pour se marier!»

D’ailleurs, parler de ses antécédents en matière de crédit avec son conjoint est également un incontournable. L’ACFC conseille même aux couples de commander une copie du dossier de crédit de chacun. Parce que cela a une incidence sur la capacité du couple à obtenir du crédit, donc à réaliser des projets.

«C’est bien maintenant que les gens se marient plus vers la fin de la vingtaine ou le début de la trentaine plutôt que très jeunes comme avant parce qu’ils sont plus matures, ils ont une meilleure idée de qui ils sont et des buts qu’ils veulent atteindre, constate Elizabeth Abbott. Parce qu’en fait, si on se marie, c’est très important que ce soit avec quelqu’un qui souhaite la même chose que soi dans la vie.»

L’amour est aveugle ?

Malgré sa bonne volonté, discuter de finance avec son futur époux peut être difficile à faire. Un sondage de la CIBC révélait l’été dernier que seulement le tiers des couples sur le point de se marier ou de vivre en union libre avaient sérieusement discuté d’argent.

«C’est certain que lorsqu’on est en amour, on veut vivre ensemble et on ne veut pas se poser ce genre de question, constate Gérard Guay qui pratique comme notaire à Drummondville. Mais, tôt ou tard, on se fait rattraper par la réalité. Malheureusement, c’est souvent une fois que la situation vire mal qu’on se dit qu’on aurait dû se poser ces questions!»

Il conseille également d’aborder la question du genre de vie professionnelle qu’on veut mener.

«Être salarié n’est pas la même chose qu’être entrepreneur. Puis, si on veut avoir des enfants, est-ce qu’il y en a un des deux qui travaillera moins pour s’en occuper? Et si c’est le cas, sera-t-il compensé? Un notaire peut vous aider à discuter de ces questions difficiles et vous éclairer sur les options possibles.»

L’amour est aveugle, dit le proverbe.

«Mais, nuance Me Guay, ce n’est pas une raison pour ne pas garder les yeux ouverts avant de se marier!»

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