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L’importance des « quelques sous de côté »

11 octobre 2016 par Banque Nationale

Nul besoin d’attendre la lointaine retraite avant d’épargner. Mettre des sous de côté, c’est d’abord se donner le pouvoir de vivre pleinement sa vie. À tout moment.

Contenu

Ève* ne gagne pas beaucoup d’argent. Mais, elle a toujours bien vécu avec peu. D’aussi loin qu’elle se souvienne, elle met de l’argent de côté. Comme elle le peut, sans trop planifier. Elle a le besoin viscéral de sentir qu’elle est autonome. Heureusement, parce que cet argent lui a servi lorsqu’elle s’est séparée.

Dans son cas, se séparer signifiait, entre autres, commencer à payer l’appartement toute seule.

« Je savais que je pouvais y arriver si je faisais un peu plus attention à mes sous, raconte-t-elle. Mais, avoir quelques milliers de dollars de côté m’a beaucoup rassurée. Savoir que cet argent était là pour me dépanner en cas de problème. »

La venue d’un enfant

Alors que les femmes sont généralement plus éduquées que les hommes et qu’elles gagnent maintenant presque autant qu’eux, parfois lorsqu’un bébé arrive dans le portrait, le retour aux rôles traditionnels tend à se faire sentir.

C’est ce que constate Hélène Belleau, sociologue et chercheuse sur la gestion de l’argent au sein des couples à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). « Avec l’arrivée des enfants, on voit très souvent les rôles traditionnels revenir, constate la chercheuse. La femme travaille moins pendant les années où elle pourrait gravir les échelons et son argent passe beaucoup dans les dépenses courantes de la famille. L’homme, lui? Il travaille plus, obtient des promotions et investit pour le futur. »

Pourquoi les femmes ont-elles tendance à moins investir pour leur futur que les hommes? La réponse est beaucoup plus complexe qu’un simple penchant pour les souliers griffés.

S’assurer d’avoir de l’argent à investir

D’abord, même si les deux personnes dans le couple payent les dépenses au prorata de leur salaire dans l’objectif d’être égalitaires, cette stratégie a des failles. Particulièrement lorsque l’écart salarial entre les deux conjoints est important.

« Pour mettre des sous de côté, il faut de l’argent, affirme Hélène Belleau. Or, le revenu moyen au Québec n’est pas très élevé. Lorsque l’écart entre les deux salaires dans la famille se creuse après l’arrivée des enfants et qu’on paye au prorata du salaire, la personne qui gagne le moins a de forts risques de se retrouver à vivre au-dessus de ses moyens. »

La famille se payera de belles vacances, sortira dans les restaurants, achètera des cadeaux dispendieux, etc. Son niveau de vie sera beaucoup plus élevé que si les deux conjoints gagnaient de petits salaires semblables.

« Il ne reste donc souvent rien, ou des miettes, à investir pour la personne avec le plus faible revenu une fois les dépenses courantes payées, constate Mme Belleau. On voit même des femmes retirer ce qu’elles avaient mis de côté lorsqu’elles étaient plus jeunes pour arriver à suivre le rythme. »

S’il n’y a pas de solution magique, une chose est certaine, il faut commencer par en discuter ouvertement.

« C’est un gros tabou de parler de l’organisation de ses finances en couple, constate Hélène Belleau. En plus d’aborder la question des dépenses du quotidien, on doit également parler des placements à long terme. Il faut qu’on s’assure que chacun peut investir. »

Commencer à investir – Mode d’emploi

Une fois qu’on a réussi à économiser un peu d’argent, encore faut-il savoir quoi en faire. On a demandé à Desislava Georgieva, conseillère, finances personnelles et petites entreprises à la Banque Nationale, de donner quelques grands conseils de base.

Commencer par démêler les différents types de comptes

Il y a notamment le traditionnel compte d’épargne, le compte d’épargne libre d’impôt (CELI) et le régime enregistré d’épargne-retraite (REER).

« Pour constituer un fonds d’urgence, j’aurais tendance à conseiller d’ouvrir un CELI afin de pouvoir y faire des retraits au moment où on en a besoin sans incidence fiscale », indique Desislava Georgieva.

Déterminer le niveau de risque à prendre

Pour un fonds d’urgence, on privilégie généralement des placements très peu risqués pour éviter de voir fondre les sommes économisées si les marchés boursiers chutent alors que la personne a besoin de son argent.

« Par contre, je conseille d’ouvrir un compte différent pour chaque grand projet, de façon à les gérer de façon optimale, avec le niveau de risque le plus pertinent », affirme la conseillère qui a une clientèle variée.

Par exemple, une fois que le fonds d’urgence est constitué et que la personne commence à gagner un revenu substantiel, elle peut souhaiter amasser une mise de fonds pour acheter un condo dans cinq ans.

« Je conseillerais probablement alors un REER parce que les sommes investies font diminuer le revenu imposable et que la personne pourra utiliser le régime d’accession à la propriété (RAP) au moment de l’achat du condo, explique Desislava Georgieva. Puis, tout dépendra de son profil d’investisseur, mais généralement, pour un horizon de cinq ans, on va vers des placements un peu plus risqués que pour un fonds d’urgence parce qu’on a du temps et on souhaite avoir du rendement. »

Contracter des placements à notre nom

Lorsqu’on n’est pas marié, qu’on ait des enfants ou pas, chacun repart avec ses avoirs en cas de séparation, à moins qu’une entente écrite et officialisée légalement ait été signée. C’est le nom inscrit sur la facture ou sur le relevé de placement qu’on regardera pour déterminer le détenteur du ou des placements. Il est donc important de s’assurer que nos placements le seront encore, advenant une séparation.

*Le prénom a été changé pour préserver l’anonymat de cette femme.

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