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Manufacturiers et exportateurs du Québec : innover est crucial

02 août 2016 par Banque Nationale
Manufacturiers et exportateurs du Québec : innover est crucial

Dans l’actuel contexte d’ouverture des marchés internationaux, les manufacturiers et exportateurs québécois n’ont d’autre choix que d’innover pour faire leur marque. Tour d’horizon de cet enjeu fondamental pour les entreprises d’ici…

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Au Québec, la productivité annuelle du travail, soit le produit intérieur brut (PIB) par heure travaillée, s’établissait en 2014 à 44,60 $ par heure travaillée, selon Statistique Canada, alors qu’elle était de 50,10 $ en moyenne au Canada. Il s’agit pour le Québec d’une augmentation de 2,3 % par rapport à l’année précédente, alors que la même mesure montre une hausse de 2,5 % dans l’ensemble du pays.

« Nous n’avons pas un très bon score, reconnaît Marie-Christine Ferland, vice-présidente, Manufacturier innovant chez Manufacturiers et Exportateurs du Québec. La productivité augmente moins vite au Québec qu’au Canada, et elle progresse plus rapidement encore dans d’autres pays. Depuis dix ans, elle a augmenté de 53 % aux États-Unis et de 91 % en Corée du Sud, mais de seulement 11 % au Canada. »

Et l’innovation forme à son avis le cœur du problème : « L’innovation est ce qui permet d’augmenter la productivité des entreprises. Le but, quand on innove, c’est de devenir plus concurrentiel. Et c’est le plus grand enjeu pour les manufacturiers. »

Laurent Simon, professeur au département d’entrepreneuriat et innovation à HEC Montréal, abonde dans le même sens : « L’innovation, c’est essentiel, critique, vitale. Quelle organisation aujourd’hui peut se permettre de ne pas innover ? Aucune. »

Or, les manufacturiers et exportateurs québécois ont selon lui « énormément de travail à faire » à cet égard. Un travail indispensable, martèle-t-il : « Avec l’ouverture des marchés, le succès des entreprises viendra de moins en moins des défis de coûts et de productivité, mais de questions de différenciation, ce qui n’est soutenu que par l’innovation. »

L’innovation : bien plus que des inventions

Le terme « innovation » fait spontanément surgir l’image du « patenteux » dans son garage. L’innovation va cependant bien au-delà de la seule création de nouveaux produits. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) la décline en quatre axes : « les innovations de produit, les innovations de procédé, les innovations de commercialisation et les innovations d’organisation ». Aucune facette de l’entreprise n’y échappe.

Pour être innovante, une entreprise n’est toutefois pas forcée de se réinventer sur tous les plans à la fois. Laurent Simon souligne qu’il revient à chacune de s’approprier cette notion : « Comme organisation, il faut se demander de quelle façon l’innovation se traduit pour nous. Il faut déterminer ce à quoi on aspire, mais aussi quelles sont les capacités, les ressources qu’on possède et qui pourraient être articulées de façon originale. »

Prendre le temps de planifier

Une démarche d’innovation demande donc du temps : on doit examiner les différentes composantes de sa propre entreprise, sonder ce que proposent les concurrents et ce qu’attendent les clients, déterminer la direction qu’elle veut prendre et les moyens pour y arriver. « L’innovation doit partir d’une planification stratégique », soutient Denis Marchand, directeur de Défi Innovation Estrie.

Or, le temps est une ressource qui manque souvent aux dirigeants des PME qui forment l’immense majorité des compagnies québécoises, reconnaît le directeur de cet organisme estrien spécialisé dans l’accompagnement d’entreprises manufacturières en matière d’innovation. Submergés par la gestion quotidienne de leur compagnie, plusieurs entrepreneurs négligent de voir à plus long terme. « Pourquoi avez-vous une entreprise ? Où la voyez-vous dans cinq ans, dans dix ans ? Souvent, les entrepreneurs à qui je pose ces questions n’y ont jamais pensé, dit Denis Marchand. Même dans les petites entreprises, c’est une réflexion qui doit être menée. »

Innover : un état d’esprit

Une grande force de la planification stratégique est l’état d’esprit qu’elle met en place : « Le plan est rarement mis entièrement en application tel quel, mais la démarche nous prédispose, en tant qu’organisation, à réagir à des menaces et à saisir des occasions d’affaires », explique Denis Marchand.

Pour Laurent Simon, « ouverture » est le maître mot de l’innovation. Il s’agit pour les dirigeants de se mettre à l’écoute des réactions et des suggestions de leurs clients et fournisseurs ainsi que d’être à l’affut de ce qui se passe sur les marchés dans lesquels l’entreprise évolue. Sans oublier ceux qu’elle pourrait conquérir.

L’ouverture doit ainsi s’accompagner d’une bonne part de flexibilité. « La mission de l’entreprise doit pouvoir évoluer, dit Laurent Simon. Elle doit être mise à l’épreuve du marché et pouvoir être révisée pour que l’organisation se concentre sur ses forces, sur ce qui la rend intéressante. Le questionnement sur la valeur qu’on cherche à créer et sur les besoins du marché doit revenir régulièrement. »

On n’a donc jamais fini d’innover. Marie-Christine Ferland le confirme : « Pour innover, il faut vouloir se dépasser. Ne pas se contenter du statu quo. » La vice-présidente ajoute que les regroupements d’entreprises comme Manufacturiers et Exportateurs du Québec ont leur rôle à jouer pour faire comprendre aux gens d’affaires la nécessité d’innover : « Certains entrepreneurs ne voient pas la nécessité de modifier leurs façons de faire. Ils se disent que ce qu’ils font depuis toujours fonctionne bien. C’est peut-être vrai à court terme, mais est-ce que ça durera ? L’entreprise va-t-elle demeurer concurrentielle ? Ce sont des questions qu’il faut se poser. Et le meilleur temps pour mener ce genre de réflexion, c’est quand l’entreprise va bien. »

Un travail d’équipe avec la haute direction

L’engagement et la collaboration sont d’autres facteurs de succès fondamentaux en matière d’innovation. Laurent Simon voit en effet dans l’implication des employés un vecteur d’innovation important : « Les employés sont souvent les plus proches des processus, des outils, des clients. On peut donc leur soumettre un enjeu stratégique pour l’entreprise et leur demander de trouver des solutions. »

Pour lui, le rôle de la haute direction ne consiste pas à trouver les réponses précises aux questions qu’un enjeu soulève, mais plutôt à déterminer quelques orientations stratégiques, puis à donner à l’organisation les moyens de concrétiser et de mettre à l’épreuve les actions retenues.

La communication au sein de l’entreprise est elle aussi essentielle. « Une bonne communication mobilise les gens, fait valoir Denis Marchand. Il faut expliquer aux employés dans quelle direction va l’entreprise. Les féliciter pour leurs bons coups, les informer quand ça va moins bien. Ce sont les gens qui font les entreprises, pas les machines. »

Demander de l’aide à des services d'accompagnement

« L’innovation, c’est une compétence comme une autre, ajoute Laurent Simon. Ça ne tombe pas du ciel ! Ça s’apprend. » Les gestionnaires ont selon lui tout à gagner à se former dans le domaine. Ou encore à recourir à des services d’accompagnement pour établir un diagnostic et concevoir une démarche d’innovation taillée sur mesure pour leur entreprise.

Il souhaiterait d’ailleurs que davantage de ressources dans ce domaine soient offertes aux gens d’affaires d’ici. Il cite en exemple le Parcours Innovation PME Montréal, le Programme d’aide à la recherche industrielle du CNRC et le programme Mosaic de HEC Montréal, qu’il codirige. « Mais il faudrait plus de services du genre », croit-il.

Pour Denis Marchand, la difficulté réside plutôt dans la multiplicité des programmes et des ressources offerts : « Du soutien financier à l’innovation pour les PME existe tant au fédéral qu’au provincial. Mais c’est un peu lourd, les entrepreneurs ne connaissent pas nécessairement les personnes ressources et les programmes. » Les entreprises gagnent donc à s’adresser à des organismes de services en innovation ou encore à des associations dans leur domaine afin d’être guidées vers les ressources d’accompagnement et les programmes appropriés.

Innover : un plan d’action

• Prévoir régulièrement du temps pour la réflexion et les échanges sur l’innovation.

• S’interroger sur la mission et l’avenir de l’entreprise : où veut-on être dans 5 ans ? Comment va-t-on y arriver ?

• Faire appel à un organisme d’accompagnement ou à un consultant afin de développer un plan stratégique.

• Inscrire des activités de formation en innovation à l’horaire des membres de la direction.

• Inviter les employés à proposer des mesures qui vont dans le sens des orientations de l’entreprise.

• Observer la façon dont les clients utilisent le produit. Les sonder sur leurs attentes, leurs besoins.

• Apprendre à connaître ses concurrents.

• Tisser des liens avec d’autres entrepreneurs pour s’ouvrir à d’autres méthodes

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