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Sylvain Carle: la joie d’accélérer des entreprises

31 juillet 2017 par Banque Nationale
Startup Fest 2017, Sylvain Carle: la joie d’accélérer des entreprises

13 semaines pour développer et faire progresser sa start-up. Chaque semaine, le but est d’atteindre des objectifs qui se réalisent normalement en un mois. Bienvenue dans un accélérateur d’entreprise. Le passage dans une de ces structures peut apporter un coup de pouce non négligeable à une start-up.

Sylvain Carle est un entrepreneur et investisseur reconnu dans le milieu des start-up québécoises. Anciennement chez Twitter, il est maintenant associé au sein de Real Venture. Ce fonds d’investissement en capital de risque est propriétaire de Founder Fuel, le premier accélérateur québécois, que dirigeait Sylvain Carle jusqu’à tout récemment.

À l’occasion du StartupFest, il nous explique ce que fait Founder Fuel pour aider les start-up à croître et lever des fonds.

Qu’est-ce qu’un accélérateur?

L’accélérateur est un programme court de développement d’entreprise. Chez Founder Fuel, il dure 13 semaines, explique Sylvain Carle.

« On va tout compresser et on va tenter de faire progresser le plus rapidement la compagnie ou le projet, en lui donnant une certaine impulsion, dit-il. On veut démontrer une croissance, un progrès et des accomplissements qu’on aura fait pendant le programme. »

Contrairement à un incubateur, l’accélérateur n’est pas un programme long où les petites entreprises vont se développer lentement, souvent en emménageant des bureaux partagés, pendant une, deux ou trois années.

Chez Founder Fuel, ce qui se fait en un an, on le fait en trois mois. Pas étonnant qu’on se bouscule à la porte pour accéder au programme.

Un processus de sélection exigeant…

Founder Fuel participe au développement de l’entreprise qui adhère au programme en y investissant 100 000 $ dès le départ. Chaque année, plus de 200 projets de partout dans le monde aboutissent entre les mains de l’équipe de Sylvain Carle. Le défi consiste ensuite à dégoter les plus intéressants.

« On va en rencontrer entre 60 et 75 en première entrevue, dit Sylvain Carle. Puis, on va passer des deuxièmes et des troisièmes entrevues, pour arriver à une sélection de huit projets sur les plus de 200 qui ont postulé. »

« Déjà, il y a un certain darwinisme là-dedans », observe l’investisseur avec une pointe d’humour, soulignant que seuls les projets les plus forts passeront à la prochaine étape.

… pour des start-up plus matures

Le programme de Founder Fuel n’est pas pour tout le monde. « C’est un accélérateur pour des start-up qui sont un peu plus matures, dit Sylvain Carle. Il y a des accélérateurs où une seule personne peut arriver avec une bonne idée, mais à Founder Fuel, on est un peu plus avancé, dans le sens que cela prend une équipe de deux ou trois personnes minimum et une première version du prototype. »

La présence d’une personne de l’équipe gérant la partie technique ou technologique est également un prérequis.

Ce que l’on fait au sein d’un accélérateur

Être au sein d’un accélérateur n’est pas de tout repos.

« On travaille sur le produit, on l’améliore et on travaille sur la validation client », explique Sylvain Carle. Par exemple, « avant que le produit soit prêt, on va dire aux équipes d’aller rencontrer des clients potentiels, d’aller leur parler pour comprendre leurs besoins, de leur présenter ce qu’ils font, d’aller chercher leurs commentaires », dit-il.

Cette sortie sur le terrain permet de valider la valeur de l’idée, estime l’homme d’affaires. Les équipes en reviennent en étant certaines d’avoir répondu à un besoin après avoir effectué cette «validation client».

Ce n’est pas tout. Chaque semaine, les équipes ont des livrables. « On va les tenir à cette cadence-là pour être sûr de faire avancer leur projet », dit Sylvain Carle.

Outre l’équipe d’experts de Founder Fuel, les participants à l’accélérateur ont l’assurance d’être entourés de seniors du monde des affaires. « On a un réseau d’une centaine de mentors qui vont accompagner les équipes bénévolement, explique Sylvain Carle. Ce sont des gens d’affaires, qui, souvent, ont eu des start-up. Ils vont offrir une expertise ponctuelle », que ce soit en design, en marketing ou en gestion, par exemple.

Le pitch

C’est l’un des éléments les plus importants du programme de l’accélérateur. À la fin du parcours, les entrepreneurs présentent leur projet devant un parterre d’investisseurs. Un grand souci est apporté à la préparation de ces interventions. Et pour cause ! Founder Fuel invite jusqu’à 1000 investisseurs à ces soirées.

« Quand on explique clairement ce qu’on fait, c’est qu’on comprend vraiment bien tous les enjeux de notre domaine, dit Sylvain Carle. Si, quand on a présenté notre projet pendant cinq minutes, les gens ont encore plein de questions, c’est qu’on n’a pas un bon pitch. Il faut arriver à être concis et complet dans ce qu’on présente », ajoute-t-il.

Trouver un (ou des) investisseur(s)

Le but avoué de Founder Fuel : mettre en contact les poulains de l’accélérateur avec des investisseurs qui vont faire décoller l’entreprise.

« On a un réseau d’investisseurs, dit Sylvain Carle. Ils savent qu’on travaille depuis des années à améliorer des start-up, donc ils attendent, je ne dirais pas impatiemment, mais presque, à chaque cohorte, la nouvelle cuvée. »

Et ça fonctionne. « On a accéléré 87 entreprises. La valeur totale des investissements reçus par les compagnies de Founder Fuel est arrivée à 100 millions de dollars en cinq ans. La valorisation de ce portefeuille est de 300 millions de dollars », dit Sylvain Carle.

Toutes les start-up accélérées ne réussissent pas

Il faut le reconnaître, ce ne sont pas toutes les entreprises de Founder Fuel qui passent à travers les cycles de financement. Il y a même des projets qui se terminent en cours de route, ou peu après.

« Les huit projets qui passent dans le programme ne vont pas tous ressortir avec le même éclat ou le même impact, constate Sylvain Carle. Comme on met une certaine pression pendant le processus, on voit les équipes qui sont les plus solides. Il y a des équipes qui vont se dissoudre pendant le processus ou après. »

C’est une bonne chose, dit l’investisseur. Il vaut mieux savoir rapidement que l’équipe ne fonctionne pas, plutôt que de le constater quelques années et quelques millions investis plus tard.

Un investissement à long terme

Il faut comprendre que, pour Real Venture, l’accélérateur Founder Fuel est un investissement.

« C’est du capital de risque. On fait des retours sur les compagnies qui fonctionnent. Le modèle, c’est d’avoir beaucoup de projets, de faire beaucoup d’investissements, et les quelques-uns qui fonctionnent bien couvrent le reste. »

Il explique :

« La mathématique du capital de risque, c’est qu’une compagnie sur dix qui fonctionne très bien va faire les retours pour les neuf autres qui fonctionnent moins bien. »

D’autres accélérateurs au Québec pour aider les start-up

Comme le processus de sélection est exigeant, le nombre d’entreprises qui n’entrent pas chez Founder Fuel est élevé. « C’est impressionnant de penser qu’il y a plus que 200 compagnies qui appliquent à ton programme. Même si ces 200-là ne sont pas toute matures, il y en a plus que huit qui auraient besoin d’être accompagnées », observe Sylvain Carle.

Heureusement, il y a maintenant une dizaine d’accélérateurs au Québec. Un regroupement existe d’ailleurs depuis un peu plus d’un an : la « Main », soit le Mouvement des accélérateurs d’innovation du Québec. Il permet aux responsables des différents programmes d’échanger sur leurs meilleures pratiques et de bâtir peu à peu un écosystème de start-up performant à travers le Québec.

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