Courte récession en Amérique du Nord mais le Canada devra relever plusieurs défis

Montréal, le 14 novembre 2001 - 

La Banque Nationale a fait état aujourd'hui de ses prévisions économiques. Les États-Unis et le Canada, après une courte récession en 2001, renoueront avec la croissance en 2002. Au niveau provincial, le Québec et l'Ontario enregistreront un repli du même ordre au deuxième semestre de 2001 pour ensuite connaître une reprise progressive au cours de 2002.

Selon madame Dominique Vachon, Vice-présidente et économiste en chef à la Banque Nationale, les forces économiques qui ont fait de la dernière décennie une période de croissance forte pour l'Amérique du Nord ne se sont pas toutes évanouies malgré l'incertitude de la situation géopolitique actuelle : " Le faible niveau de l'inflation a laissé une grande marge de manœuvre aux banques centrales. L'abaissement du coût du capital, amorcé en début d'année, fera son œuvre au cours des prochains mois. Le coup de barre important que la majorité des gouvernements des pays industrialisés ont donné à leurs finances publiques au cours de cette décennie leur permet aujourd'hui d'affronter le ralentissement économique avec beaucoup moins de fragilité. "

C'est d'ailleurs ce qui permettra aux États-Unis de renouer avec la croissance dès 2002 après un recul d'environ 1,5 % au quatrième trimestre de 2001. La Réserve fédérale a abaissé son taux directeur à dix reprises depuis le début de l'année pour le porter de 6,5 % à seulement 2,0 %. D'autre part, les stimuli fiscaux pourraient s'élever à près de 200 milliards $ pour la seule année financière 2002, soit environ 2 % du P.I.B. Par contre, les dépenses plus élevées en matière de sécurité et de défense militaire ainsi que le climat d'incertitude lié aux craintes de nouveaux attentats ou encore à un débordement incontrôlé de l'actuelle guerre, limiteront la croissance potentielle des États-Unis autour de 3 %.

De son côté, le Canada devra jongler avec plusieurs facteurs qui joueront contre lui. Le dollar canadien aura de la difficulté à s'apprécier compte tenu de la faiblesse persistante du prix des matières premières. La pause de l'investissement des entreprises remet à plus tard l'espoir d'observer des gains de productivité. L'allégement du fardeau fiscal est jusqu'ici minime et sa poursuite pourrait être compromise. Pour rester dans le peloton de tête des pays industrialisés, le Canada devra donc relever plusieurs défis.

Sur le plan de la production, le secteur des technologies connaît une dépression profonde. Après avoir connu une croissance annuelle dépassant les 60 % en 2000, la production dans le secteur de la fabrication d'ordinateurs, d'équipement de communication et de semi-conducteurs a chuté de 41 % au Canada et de 11 % aux États-Unis depuis un an.

Madame Vachon souligne que la chute beaucoup plus prononcée de la production de ce secteur au Canada et le fait qu'elle ait débuté plus tôt qu'aux États-Unis laissent présager que notre secteur des technologies est à moins grande valeur ajoutée que celui des États-Unis. C'est comme si le Canada était un producteur d'appoint pour les Américains.

Madame Vachon poursuit en indiquant que la restructuration de cette industrie a été brutale et continuera de l'être. En effet, lorsque les marchés boursiers volaient de record en record, près de 90 % du financement des activités de ces compagnies provenait de l'émission d'actions. L'effondrement des cours boursiers a évidemment tari ce principal mode de financement alors que les entreprises cherchent les liquidités nécessaires pour faire face à la chute de leur niveau d'activité. Cela ne leur donne d'autres choix que de préserver uniquement les opérations qu'elles jugent les plus profitables ou les mieux positionnées pour l'avenir.

Au Québec, l'industrie des produits informatiques et électroniques exporte 70 % de sa production aux États-Unis. Cette dépendance envers le marché américain est le principal coup de frein asséné à l'économie du Québec en 2001. Plus spécifiquement, les exportations d'équipement de télécommunication vers les États-Unis qui avaient pris un essor fulgurant aux cours des dernières années ne sont plus que l'ombre de ce qu'elles étaient. En août dernier, elles ne représentaient plus que 21% du niveau atteint en août 2000. Il faut prévoir d'autres coupures de production au cours des mois suivants. L'emploi s'est néanmoins bien tenu au Québec depuis le début de 2001 en dépit de ce sévère ralentissement. De plus, le budget du Québec déposé le 1er novembre intègre plusieurs initiatives qui stimuleront la croissance économique. Malgré la marge de manœuvre restreinte du Gouvernement, le récent budget permet d'améliorer les bases fondamentales de l'économie du Québec, notamment au plan des infrastructures, de l'éducation et de la santé. Les mesures fiscales accordées aux PME sont de très bonnes nouvelles et on ne peut que louanger le respect du calendrier d'allégements fiscaux malgré la situation économique.

Résumé des principales prévisions :
(Variation annuelle en %, sauf indication contraire)

  2001 2002 2003
États-Unis      
P.I.B. réel 1,0 1,2 3,2
Taux d'inflation 3,0 2,1 2,2
Emploi 0,4 0,0 1,2
Taux de chômage (%) 4,6 5,7 5,3
       
Canada      
P.I.B. réel 1,4 1,2 3,0
Taux d'inflation 2,9 2,0 2,1
Emploi 1,1 0,3 1,2
Taux de chômage (%) 7,1 7,8 7,6
       
Québec      
P.I.B. réel 1,1 1,2 2,8
Taux de chômage (%) 8,6 9,1 8,9
       
Ontario      
P.I.B. réel 1.0 1,1 3,1
Taux de chômage (%) 6,5 7,0 6,8


 

La Banque Nationale est un groupe intégré qui fournit des services financiers complets à sa clientèle de particuliers, de PME et de grandes entreprises dans son marché principal, ainsi que des services spécialisés à ses autres clients dans le monde. Son actif dépasse les 75 milliards de dollars et elle emploie, avec ses filiales, plus de 16 600 personnes. Ses titres sont cotés à la bourse de Toronto


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Renseignements ( le numéro ci-dessous est réservé à l'usage exclusif des journalistes et autres représentants des médias ) :

Dominique Vachon
Vice-présidente et économiste en chef
Service des études économiques
Tél. : (514) 394-6166

On peut télécharger le document des perspectives économiques et financières à partir du site : www.bnc.ca/perspectives